l'Épave du mois

Ce post est consacré aux photos de Michel Albero. Au printemps 2025, on a déjà pu les admirer en grand format à l'abbaye de Caunes pendant son exposition Technostalgie. Michel et moi partageons la même passion: photographier de vieilles voitures abandonnées dans la nature. Une passion ambivalente, certes! Une épave, est-ce du patrimoine industriel ou de la pollution environnementale ?
Michel a en tout cas réussi à immortaliser ces épaves rouillées de manière surréaliste. Dans cette nouvelle rubrique, j'en présenterai une chaque mois, accompagnée de quelques informations historiques.

l'Épave de mai Renault Juvaquatre BREAK.MAY Renault Juvaquatre

Renault Juvaquatre BREAK.Albero

La Juvaquatre, lancée par Renault en 1938, était clairement inspirée de l'Opel Olympia sortie trois ans plus tôt. Mais alors que l'Olympia connaissait un véritable succès commercial, les ventes de la Juvaquatre furent décevantes avant de s'interrompre totalement avec le début de la guerre.

Juva4Olympiaphoto à gauche: Renault Juvaquatre Coach ©Marc Sliwowski CC BY-SA3.0 - photo à droite: Opel Olympia ©Norbert Schnitzler GNU FDL

Peu après la Libération, la production de la Juvaquatre fut relancée, mais elle fut rapidement éclipsée dès 1948 par la célèbre 4CV. Cependant, comme la 4CV (puis la Dauphine) possédait un moteur à l'arrière, ces modèles ne pouvaient pas être transformés en véhicules utilitaires. C'est pourquoi la Juvaquatre est restée au catalogue jusqu'en 1960 dans ses versions Fourgonnette et Break. L'épave de ce mois de mai est précisément l'un de ces breaks Juvaquatre, photographié par Albero à Cassagnoles, au lieu-dit Chiffre. 

Juva4BerlineBraekphoto à gauche: Renault Juvaquatre Berline ©Lechrucon - photo à droite: Juvaquatre Break ©Cjp24 CC BY-SA4.0 - photo ci-dessous: Juvaquatre Berline à Saint-Mamès ©Hubert

Par le passé, j'avais croisé au sud de Saint-Mamès (Villeneuve) une version Berline de la Juvaquatre, malheureusement très vandalisée. À titre de comparaison, la Berline a été produite à plus de 41 000 exemplaires, contre 134 000 pour la Fourgonnette et 21 000 pour le Break.  source: Paul Sernine Haxo
D'ailleurs, le hameau de Chiffre, situé à la limite nord du Minervois, s'avère être un véritable gisement d'épaves. Mais nous gardons ces autres découvertes pour les mois à venir...

 

l'Épave d'avril Renault4.April Renault 4CV

Renault4.800

Le mois d'avril compte non pas une, mais deux épaves : elles ont été photographiées ensemble quelque part entre Rieux et Puichéric et ne sont certainement pas les seules Renault 4CV à avoir achevé leurs jours dans le Minervois. Cela n'a rien d'étonnant quand on sait que plus d'un million de 4CV ont été produites entre 1947 et 1961.
 

Voir mon précédent article « Renault sur les traces des Gallo-Romains »

PrScr.Blog.Renault4CV
 
Le premier prototype, datant de janvier 1943, s'inspirait manifestement de la Volkswagen Coccinelle. Dès le deuxième prototype, de mars 1944, on reconnaît déjà l'allure de la future 4CV.
RenaultProto12
Ce n'est qu'au troisième prototype qu'elle se dote de quatre portes, mais le moteur arrière, comme sur la Coccinelle, est conservé. La production proprement dite démarre en 1947 ; les premiers modèles ont encore un toit plat et sont peintes en jaune sable (provenant du stock de l’Afrika Korps de Rommel), ce qui vaut à la 4CV le surnom de « motte de beurre ». 

source: Benjamin newsdanciennes.com

mottedebeurre MotteDeBeurreJPG

L'assistant IA Gemini voulait me faire croire qu'une « motte de beurre » symbolisait la prospérité qui nous attendait après la guerre. J'aurais plutôt tendance à y voir une chose insignifiante qui fond rapidement. Et, de fait, la plupart de ces petites 4CV sont aujourd'hui dans un état de décomposition très avancé.

Ci-dessous : Échouée en vue du port ©Michel Albero4CV.PresDuBut.800

 

l'Épave de mars Simca6.mars26 Simca 6

Simca6Azillanet

Cet épave à Azillanet avec sa calandre américanisé, ressemble à une sorte de mini Cadillac de 1941. En y regardant de plus près, on constate qu'il s'agit d'une Simca 6 (1948-1950). Cette voiture deux places était une évolution du modèle Simca 5 (conçu par Fiat) et est assez rare, car seulement 16 500 exemplaires ont été vendus.
CadillacSimca6
 
En Italie, en revanche, la Fiat 500C presque identique, était très prisée : entre 1949 et 1955, 376 371 exemplaires ont été produits. Mais le public français préférait la Renault 4 CV à quatre places. Plus d'un million d'exemplaires ont été fabriqués. Il en reste donc encore beaucoup d'épaves, mais nous en parlerons le mois prochain.

Simca56.Fiat500CSources: https://fr.wikipedia.org/wiki/Simca_6 et musée Simca Martinique

 

l'Épave de février : Peugeot 402

Peugeot402Caunes

Michel Albero a photographié l'arrière d'une Peugeot 402 Limousine (à six glaces) à Caunes, près de la sculpture en marbre d'un lion (comme c'est approprié !). Cette partie de la carrosserie a probablement été mise au rebut afin de transformer une 402 en pick-up.
On dit qu'un garagiste de Villeneuve a ainsi aménagé dans les années 60 plusieurs berlines pour le transport de la vendange. Il est donc tout à fait possible que ce morceau de tôle rouillée trouvé à Caunes appartienne à l'une des deux épaves que j'ai découvertes autrefois à Villeneuve et Cabrespine (photos ci-dessous). Celui qui parviendra à réassembler la partie avant et la partie arrière obtiendra une voiture classique qui vaut aujourd'hui facilement 20000 €. 

  

 

Une 402 devant la Porte Narbonnaise à Carcassonne, au départ du Tour de l'Aude. (©Albero2025)Peugeot402Tour.d.l.Aude2025

 

La 402 (1935-1940) était une imitation éhontée de la Chrysler Airflow (1934) ©photos ci-dessous J.P.Marche et Martin Hans V. ccBY3.0

Peugeot402.ccJ.P.Marche ChryslerAirflowMartinHansV.ccBY3.0

 

En 1938, la Peugeot 202, une version réduite de la 402, fit son apparition. Elle succéda à la 201 « queue de Castor ». Voir « l'épave de janvier ».

Peugeot402ClaudeGosset Peugeot.202

Les voitures qui louchent : Peugeot 402 (©Claude Gosset) et Peugeot 202 (©Aguttes).

 

l'Épave de janvier 2026 : Peugeot 201D

Peugeot201D.Cassagnoles

Commençons le premier mois de la nouvelle année avec une photo d'une Peugeot 201D que Michel Albero a trouvée à Cassagnoles. J'avais autrefois déjà photographié l'arrière de cette même épave.

Le modèle 201D date de 1935/1936 et se reconnaît à son arrière « queue de castor » , une ligne aérodynamique révolutionnaire pour l'époque.

Castor Peugeot201D Queue de Castor          sources:  Wikipédia photos Zoodyssée et MartinHansV. CC BY 3.0; ci-dessous d.g.à.d. : le mème modéle 201D à Caunes (lieu dit l'Éco, 2009) par Hubert et 2 photos sur autos-croisées

La 201 fut suivie par la Peugeot 202 qui n'était qu'une 402 en réduction et surnommée « la voiture qui louche ». Voir « l'épave de février ».

 

l'Épave de décembre : Perte de clé

pertedecle.DauphineAzillanet 
 
« Perte de Clé » est le titre donné par Michel Albero à sa photo remarquable de l'épave du mois de décembre. Heureusement j'ai découvert la clé pour identifier cette épave : La présence abondante de rouille est typique d’une Renault Dauphine, ainsi que le profil creux des portes. Ce profil spécifique est dessiné par Ghia en particulier pour intégrer les entrées d'air pour le refroidissement du moteur, situées en avant des ailes arrière. 
CléDauphine

    Renault Dauphine800

photos leboncoin et AlfvanBeem©0 1.0

De 1957 à 1961, Renault Dauphine a été la voiture la plus vendue en France. Une deuxième épave d'une Dauphine à Azillanet remonte à cette période. Cet exemplaire (ci-dessous) dispose en effet encore de clignotants latéraux ; ceux-ci ont été remplacés en 1961 par des feux avant et arrière.
RenaultDauphineAzillanet
Six ans plus tard, Renault France a mis fin à la production de la Dauphine, mais encore jusqu’en 1970 le modèle a été produit sous licence par d’autres fabricants en dehors de la France. Au total plus de deux millions de Dauphines ont été construites. source Wikipedia

 

Père Noël dans une Fiat 1100E pickup 1950 au Forum Romanum :

PereNoel25

 

l'Épave de novembre

CharrueRieux

L'épave du mois de novembre a quatre roues et pas moins de deux volants, mais ce n'est pas une voiture, ni un charriot ; c'est une charrue. J'ai récemment trouvé ce vestige rouillé du patrimoine agricole sur la rive gauche de l'Argent Double, entre Rieux et Peyriac-Minervois. Sur place, le Syndicat Mixte Aude Centre a « supprimé les obstacles afin de redonner à la rivière sa dynamique naturelle et ainsi mieux prévenir le territoire du risque inondation ». Plusieurs panneaux d'information fournissent davantage d'explications sur ce projet d'hydromorphologie. La cerise sur le gâteau, c'est cette charrue antique qui a été placée ici, mais malheureusement sans aucune explication.

 

Charrue à bascule
Par hasard j'ai reconnu ce colosse par mon article sur le Salon de l'automobile de Paris de 1901 ; il s'agit d'une charrue à balance ou à bascule. Elle dispense du demi-tour en bout de sillon ; il suffit simplement de la basculer ! C'est Michel Plancard, originaire de Carcassonne, qui fournissait à la fin du XIXe siècle ce type de charrues à de nombreux clients du Minervois.

charrue-à-vapeur

À l'époque elle était tirée à l'aide de câbles, par deux locomobiles à treuil (une à chaque extrémité du champ). L'ensemble était qualifié de charrue à vapeur. Équipée de socs multiples, elle pouvait faire plusieurs sillons à la fois. voir demo

 

Charrue à bascule monosoc
Cependant la charrue à Rieux ne dispose qu'un très grand soc unique de chaque coté, ce qui indique qu'elle était utilisée pour les travaux de défonçage en profondeur. source Wikipedia 
 Charrue à Vapeur monosoc

photo Désarbais vers1910 CC BY-NC-SA 2.0 : Une charrue à bascule monosoc tirée par une locomobile automotrice à treuil. La roue horizontale faisant office de treuil est visible sous le corps de la locomobile. Après 1945 les locomobiles, très coûteuses, ont été remplacées par un seul tracteur. voir demo

note: La photo de l'épave du mois de novembre ne provient exceptionnellement pas de la série Technostalgie de Michel Albero. Mais à partir de décembre prochain, vous pourrez de nouveau admirer davantage de ses photos.

 

l'Épave d'octobre

Est-ce vraiment une Rosengart ?

RosengartPeyriac800 
RosengartDashboard800
Ce mois-ci deux photos d'une épave à Peyriac-Minervois. Il s'agirait d'une Rosengart, une marque automobile française tombée dans l'oubli.
En effet, cette épave ressemble fortement à une Rosengart type LR4 de 1935/36, mais comme on l'a vu le mois dernier avec la Matford, un petit détail différent peut signifier que on a affaire à une marque tout à fait différente.

Comparer.Entrebailleurs800

En regardant de plus près les photos de l'épave à Peyriac, on découvre que l'entrebâilleur pour le pare-brise diffère de celui d'une Rosengart (photo à droite ci-dessus).
De plus, l'épave ne semble pas offrir une espace pour accueillir le réservoir d'essence rond, caractéristique des Rosengart (photo à droite ci-dessous).
ComparerReservoirEssence800

De telles futilités peuvent indiquer une modification apportée à une série ultérieure ou à un modèle construit plus tard. Mais en recherchant une photo correspondante sur Google, on découvre que ce modèle d'entrebâilleur était utilisé à l'époque par Renault (photo à droite ci-dessous).
comparerDashboardEpaveRenaulMona4
Ci-dessous : Comparez la position des trous sous le capot de l'épave avec celle de la Renault.

ComparerLesTrous

Donc l'épave à Peyriac n'est pas une Rosengart, mais une Renault ! Et à en juger par la calandre, c'est un des modéles Primaquatre ou Monaquatre ou Celtaquatre datant de 1934 à 1936 :
3xRenault1935.800

Primaquatre ©Encyclautomobile, Monaquatre ©Artcurial, Celtaquatre ©LeCruchon

Elles étaient disponibles en version berline, coach, torpédo, coupé, cabriolet, décapotable, luxe, grand luxe, commercial... Au total, pas moins de 65 modèles et types ! surprised 

Ci-dessous une Renault Celtaquatre Cabrio au départ du Tour de l'Aude 2025. ©Albero

Renault.Celta4Tour.l.Aude2025 RenaultCeltaquatreTour.d.l.Aude2025

Commentaire Virginie Puente Jeudi 9 Oct 2025 15:54 #65
Merci Hubert pour toutes les explications. Nous sommes véritablement dans de l'archéologie industrielle. Virginie

 

l'Épave de septembre

Matford ou Ford ?

Matford

Commençons par la photo ci-dessus, prise d'une épave Matford(?) quelque part entre Laure et Trèbes. Comme nous l'avons vu plus souvent, l'épave à Laure-Minervois, elle aussi, a été transformée en pick-up à la fin de sa vie. 
S'il s'agit bien d'une Matford, il semble que ce soit le modèle V8-92A (millésime 1939, présenté en octobre 1938). Cette année-là, les aérations latérales du capot ont été supprimées et remplacées par un insigne MatFord en forme de goutte d'eau allongée source
MatfordF92goutte Matford.3trous
Cependant, l'épave ne présente pas une "goutte d'eau" mais trois trous destinés à une moulure chromée (Voir les trois flèches rouges).
Une telle moulure latérale a été appliquée sur le modèle Ford 472A d'après-guerre. C'est pourquoi je suppose que l'épave trouvée à Laure n'est pas une Matford, mais une Ford !

 

Ford V8-472A

FordV8.472.1947 WillemAlink

La Ford 472A (dérivée de la Matford F92A 1939) a été fabriquée de 1946 à 1948 dans l'usine Ford à Poissy. D'ailleurs quelques Ford 472 ont été construites déjà en 1939 après l'évacuation de l'usine Matford de Strasbourg et le déménagement vers une nouvelle usine Ford à Poissy. Elles n'ont pas une moulure chromée mais sont reconnaissables à leur insigne en forme de goutte d'eau avec Ford au lieu de Matford (voir ici). Cela a également marqué la fin de la marque Matford et des légendaires voitures alsaciennes de l'usine d'Émile Mathis. Source : leroux.andre.free.fr  Photo Willem Alink ©BY-NC-SA-2.0 
Au cours des premières années d'après-guerre, Émile Mathis tenta en vain de mettre en production plusieurs prototypes prometteurs et révolutionnaires, mais en réalité, la marque Mathis avait déjà disparu du marché en 1935, lorsque la production de la dernière véritable Mathis avait été arrêtée sous l'impulsion de Ford. Quatre-vingt-dix ans plus tard, une Mathis participait encore au Tour de l'Aude 2025. Michel Albero a pris la photo ci-dessous de cette Mathis EMY4-S de 1934 au départ à Carcassonne.
MathisEMY4 S.1934.Tour de L.Aude2025
 
 
Retour à l'index des Voitures Historiques

 

 

Crée le

Créé le
Jeudi 14 Août 2025

Auteur

Créé par
huberts348

Modifié le

Modifié le
30 Avril 2026

Vues

Affichage
1813 fois
  • Notation
    Note moyenne
    1 Vote
    • 1
    • 2
    • 3
    • 4
    • 5